Une récente plongée dans le back-catalogue de Budapest Music Center m’a permis d’y découvrir ou redécouvrir quelques perles de ce label décidément fort riche pour les musiques vivantes écrites ou improvisées, créatives ou patrimoniales. 
On va d’ailleurs, au fil de l’eau mettre un peu de lumière, une lumière nécessaire sur les disques magnifiques de ce label richement distribué en France par Abeille Musique. Parmi celles-ci, le bel album un peu étrange des deux Gabor du jazz hongrois, Winand et Gado qui signèrent en 2006 Opéra Budapest, une musique de l’entre deux, entre jazz et musique très écrite, entre conte feutré et comédie musicale trainante…
Elle marque en tous cas la dernière collaboration en date du chanteur que l’on a vu depuis dans un trio transfrontalier et le guitariste à l’univers si riche qui semble à chaque album sous son nom se rapprocher de la musique contemporaine. Opéra Budapest en était d’ailleurs peut être le premier jalon. L'écriture de Gado est souple, il s'appuie sur des nappes bâtisseuses à la guitares ou avec les deux trombonistes (Schreck et Nagy, discrets et remarquables...)
Sur Opéra Budapest, Gado enregistre avec son quintet français composé de ses trois complices habituels, soit le cœur de son trio (Donarier et Boisseau) et le batteur Joe Quitzke en maître de cérémonie qui marque le temps parfois suspendu par des circonvolutions coloristes qui vont de l'orage de théâtre aux frottements faits de percussions. Dans le quintet, on retrouve la très Wheelerienne Airelle Besson, qui illumine l'album de son beau phrasé, comme la soliste d'un grand air suspendu. A ceux là s'ajoute six musiciens hongrois (parmi lesquels le vibraphoniste Blogarka Fabry est très en vue).
Il y a beaucoup de Budapest dans cet opéra, dans cette étrangeté majestueuse qui s'accroche aux frètes de Gado lorsqu'il enlumine la trompette de Besson de quelques cliquetis. Il y a cette impression d'empire décati qui s'insinue dans l'écriture extrêmement précise et pleine de recherche de Gado que porte parfois le beau violon de Balazs Butor. Il y a la sinuosité du Danube dans la voix de Gabor Winand qui apporte cette touche de magie.
Incroyable ce Winand. Dans le morceau-titre, "Opéra Budapest", il est en fond de tessiture et se donne des inflexions de clarinette basse, qui rivalise avec le jeu très léger de Donarier. Lorsqu'il susurre un poème dans "A long Way Down", il évoque parfois Wyatt, de façon absolument mimétique et pour tout dire, géniale.
Opéra Budapest est un grand disque, qui permet d'entrer dans le monde musical de Gado et de comprendre son cheminement, servi par des musiciens majeurs. La bonne musique ne se périme jamais...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir... Enfin presque, quoi !

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