Chaque disque de Dédé Minvielle est une petite sucrerie pour les oreilles qu'on aime poser sur la platine pour se laisser emporter par les mots et la musique, par cet accent de rocaille et cette scansion parfaite, par l'enthousiasme des mots et des allitérations, par ce scat gascon qui coule comme le Gave de Pau chez ce chanteur maître rythmicien...
Ce qui est toujours étonnant dans un disque de Minvielle, c'est le plaisir commun tout simplement qu'ont les musiciens et l'auditeur, ici dès les premières onomatopées de "Balagora". Un lien chaleureux qui passerait juste par un cercle de plastique sur une platine laser ? Possible ! évident même ! Il y a dans chaque chanson une poésie, une couleur particulière qui réjouit d'album en album. Que ce soit dans ce texte magnifique de Nougaro ("C'est non") qui ballotte au gré du groove des mots, ou dans les moments de pure jubilation comme ce "Mama Cucurbita" en passe de devenir un standard, Minvielle traverse sa musique avec la rigueur de celui qui s'amuse et qui aime les rencontres. Il ne faudrait cependant pas le limiter à la simple interprétation : un texte lumineux de tendresse comme "Juliette et Lucie" où l'accordéon de Lionel Suarez charrie des pierrailles d'émotion démontre qu'il est aussi un poète.
Tandem porte bien son nom et scelle, en ces temps de célébration du vélocipède, un attelage soudé qui avance sur les routes à son train et sans traîner la patte. Entre Minvielle et Suarez, il y a comme une alliance d'évidence, entre les fêtes populaires béarnaises et les baloches (là où l'on apprend tout...) aveyronnais. Ce qui fait la force de ce tandem, comme dans maints disques de Minvielle, c'est ce goût délicieux de bal populaire qui n'est ni factice ni populiste. Juste évident...
D'ailleurs, Tandem a beau être enregistré en studio, tout le disque respire le bal et les Placettes chaleureuses pleines de lampion et de luciolles, de cette joie de vivre spontanée qui n'oublie jamais de lutter (entendre "Lagenaria" !). La rencontre d'André Minvielle avec l'accordéoniste Lionel Suarez n'est pas nouvelle. On le trouve déjà sur l'abécédaire de la Vocal'Chimie et il intervient sur Follow Jon Hendricks... If you Can ! et il nous avait épaté chez Eric Seva. Sa présence est incroyable dans cet album, travaillant les basses de son instrument avec une rare profondeur ("Totem") ou inventant des mélodies pleines de douceur. Une chanson comme "Le Béret" est à ce titre la plus belle réussite de cette équipe, mêlant cet amour de l'accent, autour d'une musique que l'on croirait soufflée par l'esprit de Perrone agrémenté d'un texte très joueur. On aime ce tandem qui s'arrêtera parait il cet automne à Rouen...
On les attend.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

20-Auch