Parmi les formations qui accompagnent Sun Ship depuis des années avec toujours le même enthousiasme, les orchestres de Sylvain Cathala figurent en premier plan. Est-ce cette fascination coùùune pour les paysages de la Baltique et ses contrastes de jour et de nuit, de lumières et de couleurs ? Plus simplement, il conviendra de dire que tant son trio avec Sarah Murcia que cette formation vieille de quinze ans ont toujours portés une musique très contemporaine et d'une grande richesse qui est un constant plaisir ; à l'écoute de ce live enregistré en Estonie et entre Turku et Helsinki en Finlande, on peut d'ors et déjà écrire que le quartet écrit une nouvelle page très riche de cette histoire, parue cette fois ci sur le label Great Winds.
C'est grâce à Vapaat Äänet, une structure bien connue qui promeut les échanges entre les musiques libres finno-baltes et françaises, que cette tournée du quartet s'est déroulée. On avait laissé Print en version "& Friends". La formation dessinait un octet plantureux pour un projet d'envergure. Le quartet revient ici aux fondamentaux d'une musique en mouvement perpétuel et en constante exubérance. La force de Print est certainement de laisser un sentiment de constante entropie dont l'architecture serait portée par la rigueur d'une formation impeccable.
Fasciné par une pénombre qui transcende son écriture (Around K visitait la nuit), Cathala n'a peut être pas choisi par hasard d'enregistrer cette tournée de novembre dans cette région où les ténèbres envahissent l'automne. La chaleur de la nuit -pourtant relative à cette époque, hormis sans doute dans les clubs de jazz qui fleurissent aux abords de la baie d'Helsinki...- apparaît dès "On The Border" qui ouvre l'album. On y retrouve cet emmêlement des deux soufflants qui galvanise l'ensemble et apporte une palette mélodique infinie entre le ténor de Cathala et l'alto sablonneux de Stéphane Payen. Live oblige, une grande liberté est laissé aux improvisateurs ; une place que vampirise Franck Vaillant dans ce premier morceau, toujours aussi stupéfiant dans son approche de la polyrythmie.
C'est avec autant de plaisir qu'on redécouvre un quartet incisif où le contrebassiste Jean-Philippe Morel a été numériquement remplacé par le bassiste Jean-Luc Lehr. Loin d'être anecdotique, ce changement donne à Print une identité rythmique encore plus affirmée, qui les rapprochent définitivement du groupe belge Aka Moon que Cathala citait déjà en exemple dans le magnifique Baltic Dance. Il suffira d'entendre le très beau "Daybreak" et ce son rond, autoritaire et tellurique de Lehr pour s'en rendre compte. Cette approche contemporaine réaffirmée donne un ton très urbain au quartet. Ce voyage nocturne dans les villes du nord est un prétexte évident à transporter l'effervescence de Print dans une illusion de nuit perpétuelle (le languide "Waiting au pivot de l'album).
Le duo Vaillant/Lehr, sorte de forteresse polyrythmique imprenable, est l'assise inflexible d'un quartet qui accorde plus qu'il n'oppose sa section rythmique et sa session mélodique. Un morceau nerveux comme "Coffee Please", certainement l'un des meilleurs de l'album, instaure une virulence qui se nourrit de la cohésion des musiciens. Etablie dans Benzine et auprès de Malik Mezzadri, cette complémentarité basse/batterie inspirée du M-Base de Steve Coleman est l'une des grandes réussite de cet album jouissif. Indispensable et marquant une fois de plus une étourdissante fin d'année en terme de production discographique.
Ce sera avec plaisir que j'évoquerai de nouveau Sylvain Cathala dans les jours qui viennent. En effet, son nouvel Olympe Trio (Grimal/Payen/Cathala) fait escale demain au "3 Pièces" de Rouen.
On en salive déjà !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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