On ne peut que se réjouir de retrouver Le Gros Cube, la grande formation du saxophoniste Alban Darche, que l'on aime tellement en ces pages. Formation talentueuse où l'on retrouve toute la "bande" étendue de Yolk, elle est l'outil idéal pour démontrer les qualités d'un arrangeur et d'un compositeur qui n'aime rien de mieux que de décliner à l'infini les possibilités de la pâte orchestrale.
On se souvient du Pax, ce disque de Yolk que l'orchestre avait réalisé autour et avec Philippe Katerine. Amoureux de l'outrance et des clins d'oeil où l'humour ne se dépare pas d'un certain sérieux dans l'éxécution, c'est à un autre monument de l'excès que les quinze musiciens accompagnés de trois chanteurs (nous y reviendrons) consacre leur nouvel album, Queen Bishop. Un champion de l'intempérance qui ne les accompagne pas, cette fois-ci.
Il a une bonne raison, ceci dit.
Freddy Mercury est mort, et cela semble définitif. (Is this the real life ? Is this just fantaisy ?).
Alors pour le remplacer, Alban Darche a eu la très bonne idée d'engager trois chanteurs à la fois différents et complémentaires. Ils apportent beaucoup à la sensation polymorphe et à la lame de fond qui vous saisit dès "Bicycle Race" et cette course effrénée entre le pupitre des trombones (Pommier/Casimir/Benech, les fidèles...) et des anches (Darche/Donarier/Rifflet/Ripoche, peut on rêver plus dense ?).
Arnaud Guillou est un baryton très investi dans la musique Lyrique. On lui doit un "Innuendo" qui est certainement le sommet de cet album, par sa folie foutraque servie par une grande rectitude.
FM est un chanteur (trop) rare à qui l'on doit un petit bijou pop en 2008. Ecoutons le léger "Seaside Rendez Vous" où sa voix est une mousseline sur des arrangements très sophistiqués. Quant à Thomas De Pourquery que dire ? Ce garçon est énervant. Tout lui réussi. Sa technique vocale semble être de plus en plus impressionnante à chaque fois. Il donne à ce Queen Bishop un grain de folie attendu. Oui, "Bohemian Rhapsody" est pour lui. C'était potentiellement casse-gueule de reprendre une telle scie déguisée en gâteau à la crême,  tant elle contient déjà sa propre caricature...
Mais le solo de Darche, comme fièvre soudaine de De Pourquery, suivi par un solo de guitare époustouflant de Gilles Coronado qui finit d'emporter tout sur son passage. Ce n'est plus du Queen, c'est du Gros Cube. Et c'est tant mieux (allez, jetez-moi les objets maintenant, les geeks :-D !)
Evidemment, on voit arriver les grincheux qui voient toujours le verre à moitié vide et dans ce genre de reprises un opportunisme mal placé. C'est vrai qu'on voit pas mal de reprises de "grandes figures" du pop/rock ces derniers temps dans le jazz français, et certaines sont proprement ratées. Evacuons tout de suite cet éventuel malentendu par le premier morceau "Queen Bishop Opening" où Darche mêle les thèmes à succès (y'en a-t-il eu sans succès ?) avec une fluidité rare, porté par le piano de Nathalie Darche qui pourrait parfois sembler superfétatoire, mais qui cadre à merveille les débordements hyperboliques d'un groupe qui s'approprie absolument l'univers de Queen. Le choix de se concentrer sur trois albums (même si "Ogre Battle" est sur Queen II) permet une certaine homogénéité. Il rend hommage à un groupe beaucoup plus fin que l'image iconique qu'on a voulu laisser à Mercury. L'évitement des tubes évite aussi de mordre la poussière.
Evidemment.
On se surprendra, ça et là -et surtout dans "Death On Two Legs"- à se rappeler que Queen fut largement influencé par le rock progressif. La preuve d'une belle réussite. Il serait idiot de se priver de ce plaisir faussement régressif et positivement réussi...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

80-Sauna