De la Pangée, Wikipedia dit qu'il s'agit d'un supercontinent (...) rassemblant la quasi-totalité des terres émergées, qui a existé de la fin du Carbonifère au début du Jurassique, il y a 290 millions d'années.
Tout les continents ensembles, dans un grand fracas rassembleur, voilà qui sied à merveille à une certaine conception de l'orchestre, qu'il soit de jazz ou d'ailleurs et qui illustre avec acuité une certaine lame de fond qui anime le jazz français actuel.
Voilà qui donne à réfléchir avant de glisser dans la platine le disque de Pan-G, tentet dirigé par le tromboniste Aloïs Benoit, qu'on avait déjà eu la chance d'entendre dans Bigre ! et surtout dans le Amazing Keystone Big-Band, qui s'est illustré récemment dans une revisite de Pierre et le Loup dont nous reparlerons prochainement pour Citizen Jazz.
Dès que s'ouvre, avec "Pangée", cet album court en forme de démonstration de force, on comprend que l'erruption et la tectonique ne sont pas que des vues de l'esprit ; Tous les instruments ensemble semblent tendre vers un chaos qui s'organise peu à peu vers des reliefs escarpés et des vallons plus calmes.
De ce magma, s'extraient les claquements d'un trombone boutefeu et les heurts d'une clarinette basse. Cette dernière est tenue par Jean Dousteyssier, la "surprise" du futur ONJ d'Olivier Benoit. A entendre ce musicien, on comprend très vite le choix dans l'équilibre du futur ONJ ; même s'il est très difficile d'extraire une individualité en particulier de ce matériau en fusion, on note tout de même cette capacité à éroder l'ensemble tout en le caressant, puis à le fendre en un souffle en multiples morceaux.
A ce jeu, on pourrait également parler du saxophoniste ténor Thomas Letellier, qui comme plusieurs autres musiciens de l'orchestre a croisé la route de Franck Tortillier. Il y a pire formateur pour des musiciens de grand orchestre, le vibraphoniste restant certainement l'un des directeurs de l'ONJ les plus intéressant !
A tour de rôle ou tous dans un même élan, les soufflants permettent à Benoit de jouer sur les mouvements de l'orchestre, tel les remous bouillonnants de "Golgoth IX", et ses heurts de métal. Mais c'est l'espace qui est l'eldorado du tromboniste. Cet espace dans lequel s'engouffre bon nombre d'orchestres contemporains, de Radiation 10 en passant par le Circum Grand Orchestra ; on soupçonne d'ailleurs le tromboniste, sur un morceau comme "Eaux Pâles" et ses moments suspendus et granuleux, presque silencieux, (formidable Thibault Florent à la guitare !) d'avoir beaucoup écouter ses glorieux aînés. Grand bien lui fasse, car son travail d'arrangement est vraiment très intéressant.
Le vibraphoniste Romain Lay, au centre de l'orchestre, est certainement le chaînon manquant avec cette lame de fond orchestrale hexagonale dont nous ne cessons de dire le plus grand bien : Dans le dernier morceau "Sans Sous", qui dévoile peu à peu une version éclatée d'un saucisson de Boris Vian, il est à la fois un pivot et un agitateur, à l'instar de ce que propose Benjamin Flament avec Radiation 10.A ceux qui se poserait la question de la santé de ces grandes formations (et nous en reparlerons également bientôt, puisque je me rends à Metz pour la rentrée des Grands Formats  ce Week-end...), voici une réponse qui nous vient avec force de la classe d'âge de la seconde moitié des années 80 : tout va très bien merci. Même si comme le dit avec la manière le refrain du dernier morceau de Pan-G : "Ah, si j'avais 3 francs 50..."

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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