Il y a des noms qui semblent surgir des souvenirs.
De l'histoire commune du jazz européen qu'on range dans la case de décennies écoulées et qui vous reviennent à l'occasion d'un album pour se rappeler à votre bon souvenir. Justement. Le guitariste Gérard Marais est de ceux-ci. Un musicien qui peut avec joie regarder sans rougir dans le rétroviseur, mais qu'on ne voyait guère ; quelques fidélités évidentes, comme Michel Godard. On l'avait notamment entendu dans son Concert des Parfums.
Dans les années 70, on le trouvait auc côtés de Jean-Marc Padovani, mais aussi à la tête de son mythique big-band de guitare. Plus tard, il nous régala d'un trio avec Pifareli et Levallet aux Instant Chavirés et de manière inoubliable pour tout amateur de musiques improvisées, en duo de guitares avec Raymond Boni. Enfin, il y eut des expériences avec la nouvelle génération : Garcia-Fons, Courtois, Corneloup...
Bouillantes années 70. Brillantes années 80. Abondantes années 90.
Depuis 2002 et un quartet augmenté de Steve Swallow, plus rien sous son nom. Dans le quartet, Courtois, Garcia-Fons, Krassik et Jacques Mahieux à la batterie... Un bel équipage.
Et puis en 2015, sur le label Cristal, voici Inner Village, premier disque du Marais Quartet depuis 13 ans. On pourrait croire que le phénix renait de ses cendres, mais c'est comme s'il ne nous avait pas quitté, même simplicité brillante, même lyrisme qui ne se départit pas de flegme. Insensiblement, on pense à Jacques Mahieux qui il y a quelques années était venu lui aussi nous rappeler son importance dans le paysage du jazz hexagonal. Ici, dans un morceaux comme "Serengeti", on perçoit immédiatement la grande modernité de son jeu et cette façon très contemporaine de laisser sa guitare s'immiscer dans les passementeries de la base rythmique sans abandonner un rôle mélodique revendiqué qui ne l'éloigne jamais du chant.
Il faut dire, quelle base rythmique !
C'est une sorte de qualité française incarnée avec la batteur Christophe Marguet et le contrebassiste Henri Texier. Rien de moins que la doublette du regretté Strada Sextet qui vient à la fois faire parler sa rigueur rythmique et son grand parti-pris mélodique. L'occasion également de marquer une certaine fraternité avec Texier qui s'offre de magnifiques solos (le délicieux moment plein de poésire  et une filiation avec Marguet. Elle apparaît assez patente dans le lumineux "Lonesome Queen", qui semble déborder de couleurs et de chaleurs, assez proche de ce que le batteur propose par ailleurs dans son Résistance Poétique. Ce beau morceau s'ouvre sur un dialogue plein de douceur entre la guitare soyeuse et le piano de Jérémie Ternoy. On trouve par ailleurs le nordiste dans Magma et dans pas mal d'expériences du label Circum, à commecer par TOC.
Et puis, miracle, on le découvre également dans le disque en quartet de Jacques Mahieux !
La relation entre le pianiste et le guitariste est très subtile ; jouant à merveille des allers et retours incessant entre les tâches rythmiques et le discours mélodique, les deux musiciens s'entrecroisent où joue à cache-cache avec une grande liberté.
C'est la fluidité qui domine Inner Village, cette facilité apparente qui accompagne un plaisir évident de jouer. Inner Village, c'est un tour dans la musique intérieure, dans l'intimité d'un guitariste qui a toujours conservé une grande cohérence et une ligne de conduite éloigné des modes (comme le dit mon camarade Denis) et des effets de souffle.
Le confirmerons deux morceaux de l'album, le premier ("Baron Noir") et le dernier ("Katchinas") qui font le lien avec des disques anciens du guitariste.
"Katchinas" notamment est le sommet de l'album. La guitare se fait plus dure, semble rebondir sur des cordes sèches dont on ne sait plus si elles sont celles de la contrebasse ou du piano et semble nous emmener dans quelque village mandingue dans des bottes de sept lieux rythmique chaussé par Marguet.
Une chose est sûre : on ne souhaite pas patienter de nouveau 13 ans pour avoir des nouvelles de Gérard Marais...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

05-Plage