Le but, c'est le chemin, la sentence se débat entre Goethe et Lao-Tseu.
Peu importe qui en est l'auteur réel (Goethe tient la corde...), ce n'est pas de littérature dont il s'agit, mais d'un trio mené par un batteur dont le nom chantera aux oreilles de ceux qui s'intéressent à ce que fut le bouillonnement du jazz dans l'Hexagone dans les années 60.
Après Gérard Marais, évoqué il y a quelques temps dans un quartet rassemblant des musiciens attentifs, voici Georges Paczynski qui nous arrive avec un beau CD en compagnie de deux musiciens que nous aimons particulièrement en ces pages ; le contrebassiste Marc Buronfosse, à qui l'on doit entre autre le magnifique Face The Music, et le pianiste Stéphane Tsapis dont on avait pu dire le plus grand bien dans Charlie et Edna.
Un Trio, on a envie d'écrire évidemment, tant le batteur de cet orchestre nous a habitué à la formule, et tant il la maîtrise sous de nombreuses formes. Relativement discret en Europe, sa discographie est également distribuée au Japon, comme celle de Stéphane Tsapis, ce qui nous amène à cet album, que l'on peut directement se procurer ici.
Dans les années 80, Georges Paczynski faisait partie d'un fameux triangle en compagnie du regretté Jean-François Jenny-Clark et de Jean-Christophe Levinson, et il n'a eu de cesse depuis de faire vivre la formule avec de nombreux partenaires, parmi lesquels Ferlet, Watson, Schwab, Del Fra...
De toutes les générations et de toutes les périodes, mais toujours avec le soucis d'une véritable circulation entre les musiciens et d'un sens très particulier de la narration.
On conseillera, dans la période récente, l'excellent Présences en compagnie d'Armel Dupas et Joachim Govin. Egalement titulaire d'un Doctorat de lettres, auteur d'ouvrages de références sur la batterie, Paczynski apporte beaucoup de soin à donner du sens et la couleur idoine à sa musique.
Avec Buronfosse et Tsapis, il trouve les partenaires idéaux, dont l'esthétique sait à la fois épouser une forme de jazz relativement classique et des bourrasques improvisées qui fouette l'imagination, en témoigne l'excellent "Guetteur de Foudre" où les pizzicati rugueux et autoritaire de Buronfosse, et martèlement de Tsapis accompagnent à merveille le jeu tempêtueux du batteur. Cela se poursuit dans l'inquiétant "La Cible incandescente", où un piano aux cordes étouffées vient interférer dans une discussion ténébreuse entre les deux tenants de la base rythmique.
L'enregistrement de cet album est troublant par la disposition des musiciens, comme on peut le constater dès le très doux "L'allumeur de Réverbères". La batterie de Paczynski, souvent discrète ou du moins laissant beaucoup de place à ses comparses ("Le Maître de Tir à l'Arc") et jouant avant toute chose un rôle très coloriste est néanmoins très en avant. Les cymbales notamment jouent un rôle virgule de métal dans un récit très construit, comme en témoigne notamment "La Procession silencieuse" où Tsapis se montre une fois de plus comme un mélodiste tout en simplicité qui sait conter des histoires.
Car Le But est le Chemin est un rêve que le batteur détaille avec précision dans les notes de pochette. Il ne s'agit pas ici de le raconter, tant il est fort de symboles et d'étapes précises qui évoluent et font varier le climat de la musique, mais il est important pour s'y plonger totalement d'en faire une lecture préalable.
Disons simplement que de "L'entrée du labyrinthe" où la pression rythmique monte dans un espace entre musicien qui se réduit jusqu'au morceau "Le Joueur d'échec" tout en tension, l'auditeur passe dans de nombreux états qui évoque tout autant l'onirisme bergmannien qu'une forme de rêve éveillé surréaliste, pour quiconque se laissera porter.
Un chemin à découvrir sans attendre. C'est le but...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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