Nous en avions parlé cet été, la perte de John Taylor, l'un des plus élégants pianistes d'Europe, a laissé les amateurs de nos musiques orphelin de l'un des grands poètes du clavier.
On ne reviendra pas sur la carrière du pianiste, juste on conseillera d'aller voir cette vidéo -et d'autres- sur Citizen Jazz pour se faire une idée de ce talent. 
Le hasard du calendrier font que deux albums du pianiste sortent quasiment coup pour coup sur le label italien CamJazz, dans deux configurations assez différentes. Il ne s'agit en aucun cas de fonds de tiroir.
Le premier, 2081, est un projet plutôt porté par son fils, le chanteur Alex Taylor. C'est un projet familial, puisqu'on retrouve trois Taylor dans le line-up du quartet. C'est Leo Taylor, son frère, qui tient la batterie dans une dimension très coloriste, assez douce.
2081, c'est un disque qui tourne autour d'une Nouvelle de l'auteur Kurt Vonnegut, "Pauvre Surhomme. Son approche sombre, assez mélancolique, permet au pianiste de dessinner de tendres arabesques, sans forcer le trait. La main gauche est très retenue et laisse beaucoup de place au tuba d'Oren Marshall. Ce vieux routier du jazz britannique, très à son avantage dans cet album qu'il texture en douceur, a souvent partagé la scène avec Steve Noble ou Paul Dunmall. Il était un proche de John Taylor, ainsi qu'un membre de son Creative Orchestra. Il faut entendre "Empress", où piano et tuba devisent en sérénité pour comprendre le bonheur de jouer avec un tel pianiste.
Il y a beaucoup de complicité et d'amour dans cet album léger, qui contribue avant tout à perpétuer le souvenir de ce grand pianiste.
Le plat de résistance consiste surtout en la sortie d'un duo entre le bugliste Kenny Wheeler et le pianiste. Un enregistrement peuplés de doux fantômes qu'ironie du sort, Taylor préparait afin de rendre hommage à son ami disparu.
Wheeler et Taylor ont une discographie pléthorique ensemble, principalement chez CamJazz. c'est sans doute What Now ? avec Chris Potter et Dave Holland qui reste dans les mémoires. On notera aussi évidemment Where do we go From Here, en duo. C'est un préambule nécessaire à ce beau On The Way to Two, puisque le présent disque est issu d'une session voisine, enregistrée en 2005.
Il faut écouter "Fedora", un des 10 titres écrits par Wheeler dans ce disque pour comprendre ce qu'est une Liberté sans conteste. Les deux hommes jouent avec une grande tendresse, se répondent doucement, n'ont nul besoin d'appuyer ou de pousser dans les retranchements de l'autre pour trouver une dynamique. Tout est clair, sans pour autant que cela ne devienne evident. Le court "Sketch N°1", où le pianiste fouille les cordes de son piano pendant que le cuivre étincelle nous le rappelle.
L'échange entre les deux musiciens est aérien. Les mélodies ourlées flottent sans joliesse excessive, avec une légèreté qui emporte l'auditeur sans autre volonté que ce laisser porter ; c'est la certitude d'un morceau comme "Close To Mars", un morceau où Taylor est à son meilleur.
Survivre au temps, c'est la marque des grands musicien. Cet enregistrement a 10 ans, on le croirait tout neuf. Nul doute qu'on le réécoutera dans 10 ans avec la même envie.
Quelle classe !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

77-Sierra-Pottoka