La relation avec la musique de film a quelque chose d'intime, de secret, de parfois un peu honteux... Quoique l'on dise, elles font partie des références de la plupart des mélomanes. Le genre de plaisir qui est parfait en ces périodes de fête : un peu sucré, toujours léger, mais en même temps parfaitement ouvragé.
Evidemment, il n'en est pas de même lorsqu'on parle des mièvreries douillasses d'Alexandre Desplat ou de l'orfèvrerie de Vladimir Cosma. A part, il y a les inventions joyeusement foutraques et libertaires du regretté François de Roubaix, dont on peut mesurer chaque jour l'influence qu'il a eu chez nombreux musiciens à tête chercheuse qui se pique d'électronique.
Parmi eux, le bassiste Fred Pallem, l'artificier du Sacre du Tympan qui nous ravit depuis près de 15 ans, ce qui n'en finit d'ailleurs pas de nous vieillir. Un sacre qui a évolué, s'est largement tourné vers la musique de film et les bulles pop, un mouvement qu'on avait déjà entrevue dans La Grande Ouverture et qui s'était confirmé dans le récent Soundtrax.
Dans cet album conçut comme un parcours imaginaire dans l'âge d'or de la musique de de film des années 70, on trouvait déjà de nombreux clins d'oeil à De Roubaix, à commencer par "L'océan". Un monde des profondeurs qui était le biotope du compositeur -il était un passionné de plongée ; il en est mort- et dont on trouve quelques rhizomes dans la basse lourde, puissante et caniculaire de Pallem.
Dans le présent album, sa basse fait merveille sur "Astralement vôtre", à peine le préambule passé. Une ambiance de giallo italien mâtiné de Gainsbourg. On est en terrain conquis, on est en terrain rêvé. On aime ce qu'on entend parce que c'est ce qu'on écoute depuis longtemps.
Dans François de Roubaix, le dernier album du Sacre consacré au maître qui est une véritable déclaration d'amour de Pallem, il y a moins de cuivre qu'à l'accoutumée. 
Ce n'est pas une flamme réduite aux synthétiseurs, mais presque : subsiste seulement le fidèle Rémi Sciutto qui fait notamment des siennes dans "Un Tank pour l'aventure" et qui donne également de la flûte ici ou là. Mais il y a en revanche une foultitude de synthés vintage qui viennent réveiller l'esprit de De Roubaix et la transformer, la travailler, lui donner aussi quelques pistes de sorties vers l'univers très ouvert du Sacre du Tympan. On aura un très bel exemple sur l'acide "L'Atelier", où l'on entend la voix de De Roubaix s'intégrer au morceau, comme une plongée dans son univers musical.
C'est avec plaisir qu'on retrouve dans cette ouverture les complices chanteurs de La Grande Ouverture -justement-. Alice Lewis sur "Je saurai te retenir", notamment. On ne saura pas étonné de découvrir également Barbara Carlotti sur "Boulevard du Rhum" initialement chanté par Bardot, et puis "Chapi-Chapo" chanté comme une évidence par Katherine, avec ce décalage nécessaire et tout à fait réussi, surtout sa suite "Au Pays des cubes", et cette basse pénétrante qui remplit son office.
Lorsqu'on anime un blog d'obédience musicale qui se nourrit également d'image, on ne peut qu'aimer François de Roubaix. La vision de Pallem est juste, joyeuse, avec des choix parfois surprenant qui reste cependant cohérent dans sa volonté d'engager un "trip" dans la musique du compositeur.
François De Roubaix est une petite friandise parfaite. De celles que Pallem aime à nous servir de temps à autre. On a du mal à ne pas plonger dans la boîte à bonbon à chaque fois.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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