Il arrive parfois que l'on est des images mentales qui apparaissent lorsqu'on écoute un disque, a fortiori quand celui-ci est abstrait et très personnel. Sun Dome de Matthieu Donarier en duo avec le guitariste Santiago Quintans est de ceux-ci. Le disque contient peu d'infos, juste les photos des deux protagonistes et un soleil dardant stylisé sur la pochette.
Et pourtant, l'image est omniprésente, avec ce qu'il faut de persistance rétinienne lié à la lumière puissante et environnante.
Une chaleur à faire fondre le métal qui s'instille dans le drone inéluctable de "Kinda Haka", avec cette guitare réduite à quelques bribes et un ténor qui cherche à s'accrocher au moindre interstice. Une chaleur tout ce qu'il y a d'inquiétante car elle n'a rien de chaleureuse ; elle est destructrice. Mais sans violence, à la manière du soleil, à petit feu.
Tant pis si ce feu est digne de l'enfer. Il dissolvera à petit feu la cohésion du duo, qui ne se délite pas pour autant, mais qui plutôt fusionne, dans une sorte de lave bouillonnante mais jamais explosive, à l'image de "Getty Lee", véritable agrégation des timbres qui s'engagent dans un jeu de masque, se complètent voire se nourrissent. Se coagulent en quelque sorte.
Une vision très douce d'une certaine forme d'apocalypse, qui cuit comme une fin du monde de Ballard, avec ce qu'il faut d'improvisation collective, sans heurt, avec une magnifique architecture du chaos, comme on le perçoit dans "Lucid Red" où si l'on souhaitait aller vers l'oxymore, on pourrait parler de silence assourdissant.
Quintans est une découverte, et il faut s'intéresser promptement à ce musicien, qui joue par ailleurs en quintet avec Donarier. Sa guitare n'est pas un fusil, c'est plutôt un propagateur d'ondes. Un blast atomique, invisible et redoutable. Car c'est bien à ceci que l'on songe tout au long de l'album. à une sorte d'apocalypse post-nucléaire, avec ce qu'il faut de radiations.
Un rôle que les improvisateurs endossent avec une visible gourmandise.
En revanche, on connaît bien ici Matthieu Donarier, qui intervient dans de nombreux contextes avec beaucoup de talent, mais ce qu'il montre avec Quintans est quelque chose de plus personnel, sans filet. On songera à son duo avec Albert Van Veenendal, également sur le label Clean Feed.
Une sensation d'infiniment petit, d'économie des mouvements qui alimentent de grands desseins, à l'instar de "Warm Fog", véritable manifestation de l'invisible qui clôt un bel album, parfois inquiétant mais très riche.

Et une photo qui n'a strictement rien a voir...

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