Il y avait quelque chose d'inéluctable, voire de naturelle, à ce que la guitariste américaine Mary Halvorson, charismatique musicienne, et la pianiste suisse Sylvie Courvoisier, internationalement respectée, se rencontre un jour sur disque, et évidemment sur scène.
Evidence, parce que le parcours d'Halvorson et de Courvoisier est relativement semblable, tant en terme de collaboration (Braxton pour la guitariste, Mark Feldman pour la pianiste), qu'en terme de promptitude à imposer un univers, un son reconnaissable quasi-instantanément et à marquet les esprits durablement.
Ce fut Ocre, puis Lonelyville pour Courvoisier, et l'impeccable Illusionary Sea pour Halvorson. 
Le risque, avec une telle cosmogonie, c'est que les univers soient hétérogènes et ne se mélangent pas ; pire, que les deux musiciennes se marchent sur les pieds.
Il ne faut pas longtemps à Mary Halvorson et Sylvie Courvoisier pour rassurer tout le monde. Il suffit d'écouter "Golden Proportion", au tout début de l'album, une composition de la guitariste pour savoir que l'alchimie particulière allait fonctionner. Et que le duo proposé par Pyroclastic Records sur cet album Crop Circles allait ouvrir des champs nouveaux.
Soit un piano très concertant, qui assène un motif tournant, puissant, régulier et géométrique qui place tout de suite l'album dans une mécanique subtile, et puis une guitare qui l'assaille. Il n'y a pas d'animosité, pas de violences, c'est juste un grain de sable qui se glisse dans des pistons huilés, qui se répand comme sait très bien le faire la musique de Mary Halvorson, qui se saisit de chaque espace et donne du jeu à la plus belle des régularités.
Deux choses à ce constat : dans la plupart des cas, un grain de sable dans un rouage grippe durablement le mécanisme. Mais c'est sans compter sur la capacité à qu'ont Halvorson et Courvoisier à transformer tous les chaos et belles choses, en ces Crop Circles, ces formes géométriques parfaites et inconnues qui se créent parfois mystérieusement dans les champs de céréales. Dans ce morceau, mais aussi plus loin dans le très beau "Mind Out of Time", le jeu appelle le jeu, le piano de Courvoisier devient plus léger, la main droite s'échappe ave une délicatesse rare, le duo devient comme ces lignes parallèles qui ne savent pas faire autrement que de quitter leur couloir et s'étreignent voluptueusement, à l'image là aussi de "Bent Yellow", petite perle de douceur.
Parfois, la musique se fait plus spectrale, plus impalpable, à l'image du bien nomme "The Disappearing Hour", où le piano laisse s'échapper une petite pluie d'été qui habille la guitare de nuages.
Très rapidement, les deux musiciennes créent un nouvel univers tout à fait foisonnant. On peut dire sans se tromper que Crop Circles est un ballon d'essai. Il ne serait pas surprenant de revoir ces deux musiciennes rapidement ensemble.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir

13-Quimper