C'est amusant, juste après le billet précédent, de mettre un disque de TOC sur la platine, car il contient dans ses tréfonds toute une contradiction à Rétromania, et que ça l'illustre de la meilleure des façons, puisque c'est en musique !
TOC c'est l'acronyme de trois musiciens du collectif lillois Circum, dont nous n'avions pas dit de bien depuis trop longtemps. Power Trio inventif et un peu casse-cou, on avait pu découvrir la réunion de Peter Orins à la batterie (aperçu dans un autre registre dans le très beau trio de son frère) , Jeremy Ternoy au Rhodes (qu'on avait adoré dans Vazytouille ou dans Peaux d'âmes) et Ivan Cruz à la guitare électrique avec "Le Gorille", précédent album sorti en 2009, à un époque où le trio n'avait pas encore trouvé ce nom qui leur va si bien.
TOC exprime l'immédiateté et l'opiniâtreté d'une musique dense et inclassable.
Ce groupe visite des dizaines d'influences au coeur d'une électricité irrespirable, brûlante, ne semblant prendre du repos que pour repartir ensuite dans de nouvelles strates. La pochette, une image née d'un flou de bougé d'une zone de travaux tokyoïte, en dit long sur le propos de l'album : de la trépidation et de la chaleur, une vision urbaine et colorée, pleine de strates et d'étages jusqu'au plus profond, là où l'agitation est la plus forte.
Dans les tréfonds du Rhodes et la distorsion de la guitare :"You Can Dance (If You Want It)" nous dit le trio en titre d'album comme dans le long morceau pivot, mais encore faudrait il le pouvoir.
On est parfois écrasé par les textures successives, les élans de Rhodes qui font songer aux ambiances électroniques Raveuses d'Underworld ou d'Aphex Twin, au milieu d'une batterie martellée et d'une nappe de guitare pleine de rage qui noit l'ensemble. Et puis parfois, dans un morceau comme "Iron To The Buzz Top", on est pris d'une frénésie de mouvement qui dépasse la simple danse au coeur de l'acrimonie pleine de métal de Cruz. On peut danser devant le mur de son, mais on reste surtout interdit devant le déferlement des références qui apparaissent sans jamais n'être plaquées.
Il serait interminable de détailler chacune des influences, noter la présence étoplasmique de l'esprit de Sonic Youth au creux des nappes, citer ça et là des incursions dans le rock progressif, remarquer le  soupçon zappaïen, s'étendre sur le Métal, véritable moteur et la grammaire favorite d'Ivan Cruz... Mais ce sont paradoxalement les musiques électroniques, bien qu'inusitées en tant que telle dans cet album très produit, qui sont les plus présentes dans ce déluge d'électricité. Il suffit pour s'en convaincre d'écouter "Obsessive Compulsive Disorder" qui ouvre l'album, et cette force plantée dans ses secousses primales.
Quand au jazz, il est présent partout. Dans les suintements de chaque empilement et les polyrythmies nerveuses, comme dans la force du mouvement. Il ne s'agit pas d'un collage insatiable tel qu'on peut l'entendre dans Naked City ou dans les disques de Mr Bungle, mais d'un amalgame brûlant, ténébreux et plein de rage. On pourrait aussi évoquer une démache peu éloignée d'un travail de textures tel qu'on l'envisageait dans la période électrique de Miles Davis, dans un versant plus violent et plus sombre.
Ultime référence.
On se souvient de Vazytouille, autre référence du label Circum. TOC est son pendant plein de noirceur. On ressort essoré de ce mur de son qui se révèle plein de surprises, mais on en redemande. Et pour revenir sur Retromania : voilà un groupe qui regarde en arrière pour créer du nouveau. Mais ce n'est pas de la pop...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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