Voici un texte que j'ai écris pour le futur programme des amis du Circum Grand Orchestra :

Changement de cordes, mais pas de ligne pour le Circum Grand Orchestra. Après une décennie passée par les six-cordes d'Olivier Benoit, ce sont les quatre cordes de  Christophe Hache qui vont guider le dodécatet lillois, fidèle à sa formule et à ses musiciens. Le vaisseau amiral du collectif Circum continue de progresser dans les brisées de sa musique, comme s'il possédait un temps d'avance sur sa propre ombre. De la guitare à la basse, l'électricité reste la même ; une formidable accélératrice de mouvements, rendue conductrice par le métal de la batterie de Jean-Luc Landsweerdt et par la science rythmique des frères Orins, Peter et Stefan. L'intimité de ces deux-là, entre piano et percussion, est souvent la racine nourricière d'entrelacs quintessenciés et et de guipures subtiles.
Le cœur du Circum Grand Orchestra continue à palpiter avec impétuosité dans les entrailles même de ses soufflants. C'est dans ce bain d'acide où il fait bon plonger que se dessine un propos incisif. Leurs lignes charbonneuses, chauffées au rock le plus étincelant s'épanchent parfois dans les brèches contemporaines, rainures abstraites qui font briller la masse orchestrale. Les couleurs changeantes sont autant de discussion entre les musiciens, du conciliabule au tumulte général... De l'éclat mat de la clarinette basse de Christophe Rocher jusqu'à la limpidité cuivrée de Christian Pruvost ou de Christophe Motury, chaque reflet est une direction nouvelle, gainée de la patine boisée de la contrebasse de Nicolas Mahieux.
Un pli, un contre-pli ; la force de cet orchestre réside dans la liberté qu'à chaque musicien d'apporter son propre drapé à l'étoffe sans modifier la couture générale. Aucun risque d'effet gaufré : comme les statues Renaissance qui illustraient leur précédent album, Le Ravissement, chaque détail, chaque renflement, chaque sinuosité est un dynamisme d'ensemble. Une dentelle de de contrepoints, un voile de polyrythmie ; ce qui peut paraître frénétique, construit sur la lame affilé de l'improvisation est un réalité un équilibre constant soupesé au souffle près. A la chaleur de l'alto de Jean-Baptiste Pérez, répond la pugnacité du ténor de Julien Favreuille, comme à la guitare de Benoît répond celle de celle de Sébastien Beaumont... Le double-sens est le moteur de ce Circum Grand Orchestra, avec ses paires impaires qui rappellent que douze est un multiple de trois. Quant au ravissement, le nôtre, il est toujours le même. Joyeusement fougueux, comme cette musique.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

 

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