C'est une jolie surprise que nous réserve le duo composé par le saxophoniste Julien Soro et le contrebassiste Raphaël Schwab pour un premier album sous leurs noms. On connaît les deux musiciens pour leur participation à Ping Machine ; Julien Soro est également l'un des animateurs de Big Four.
On avait pu remarquer le jeu particulièrement ferme de Raphael Schwab et l'approche assez sèche de sa contrebasse dans la troisième partie de la suite Encore dans le live récent de Ping Machine. On le retrouve ici dans sa très belle composition "Carré", pleine d'urgence et d'aspérité où il se confronte à l'alto sablonneux de Soro. Un jeu franc et un morceau qui dont la liberté est à la mesure de l'intimité qui lit les deux musiciens.
Il y a dans ce qui est l'un des plus pénétrant de l'album, une intensité qui va au delà de la franche camaraderie, celle que l'on découvre dans un "choral de bienvenue" doux et caressant.  On y découvre de l'étreinte, de l'opposition, du choc. Cela se poursuit sur la bien nommée "Marche en avant" où l'alto avance dans le thème à pas de géant, à coup de grandes phrases contondantes sur les pizzicati très solides de Schwab.
Tout le reste de l'album est à l'encan. Chaque titre est franc, direct, râblé.
Le duo se tourne autour, se frôle, glisse doucement dans une conversation a voix basse ("Approches") ou au contraire part dans un grand éclat de rire communicatif qu'on pourrait presque croire épris de boisson. C'est le cas de "Valse Farandole" qui tangue autour de la remarquable musicalité du contrebassiste, dont les cordes se plaisent à claquer sur le bois.
Il faut se laisser conquérir par le solo du contrebassiste dans ce morceau, car il dit beaucoup de l'album par son équilibre entre nervosité et sens mélodique. Mais aussi par la grande décontraction qui s'en échappe.
Sur la pochette, un dessin très drôle de Quentin Schwab (il y a plusieurs autres exemples sur la page Facebook) nous montre les deux musiciens devenus des personnages de cartoon. Ils écartent timidement un imperméable pour deux pour mieux exhiber leur instruments...
Rassurons nous, il n'y a pas de coté pervers pépère dans leurs mines impavide. On est tout de même bien cependant dans une forme de mise à nu : mise à nu de leur complicité, on l'a dit. Plongeons nous dans le double échange abstrait "Les Gens" pour mieux s'en convaincre.
Mise à nu musicale aussi, où la simplicité de l'échange prédomine, loin de la pâte orchestrale ouvragée de Ping Machine ou des complexité rythmique de Big Four. Il y a ici comme la révélation d'un lien organique. Des secrets révélés sur les liens qui sous-tendent leur association privilégiée dans des orchestres plus larges, et qui s'exprime à merveille dans "Confirmation", seule reprise d'un morceau de Charlie Parker parmi toutes les compositions de Raphaël Schwab.
Les duos entre une contrebasse et un saxophone ne sont pas si courants. Braxton évidemment les a multiplié que ce soit avec Joëlle Léandre ou Joe Morris, mais l'approche de Soro est Schwab est résolument différente. On peut également citer à Woods récemment, entre Donarier et Boisseau, mais le duo entre Soro et Schwab est moins coloriste, plus anguleux... On pense, parmi les influences des deux jeunes musiciens au duo entre Warne Marsh et Red Mitchell pour la recherche de la fluidité ; mais la dualité entre le timbre tranchant de l'alto et la sècheresse de la contrebasse donne un ton plus caustique qu'on ne retrouve guère ailleurs.

A découvrir promptement.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

Plage