Lorsqu'on pénètre dans l'univers de Post K, entrés comme subrepticement par le souffle conjoint des deux frères Dousteyssier, Benjamin le plus âgé qu'on connaît de DDJ et Jean le plus jeune qui ballade ses clarinettes dans l'ONJ d'Olivier Benoît, on est en terrain connu.
Pas le terrain auquel on s'attend si l'on en sait rien d'avance ; C'est à dire pas celui des éclats acrimonieux de métal du trio en compagnie de Desprez et Joussein, et non plus celui des constructions urbanistique hyper-ouvragé de la bande à Benoît... Même si, même si dans la déconstruction quelque peu erratique de « Get Out of Here Jack Carrey With Your Cadrille », morceau composé par Jean, on découvre quelques constructions embryonnaires pleines de brisures et de cicatrices.
Une fois rassemblées, elles filent avec une certaine gourmandise vers des folies New-Orleans porté par le stride du piano de Matthieu Naulleau qu'on retrouve, ce ne sera pas une surprise au sein du Umlaut Big-Band qui revisite ce patrimoine sans se confire dans la décoction de raisins aigres.
Jean Dousteyssier fait partie d'un ONJ de bâtisseur, avec une volonté de rendre sa beauté à la ville, et Post K, l'ami Philippe Méziat nous le révèle, c'est « Post Katrina », l'après cataclysme qui avait ravagé la ville. C'est la reconstruction d'un patrimoine avec les maténiaux d'aujourd'hui. C'est un cœur de Swing avec des poumons neufs. Mais ce n'est pas pour cela que l'on se sent en terrain familier.
Non, si l'univers nous ai bien connu, dès le magnifique « China Boy » de Phil Boutelje qu'Amstrong a, entre autres, rendu célèbre, c'est qu'il fait songer à l'approche très iconoclaste de Laurent Dehors lorsqu'il entonnait à Dommage à Glenn. Un même volonté de jouer librement en mélangeant les grammaires les plus traditionnelles et les improvisations contemporaines faite de slaps, de ruptures et d'entrecroisements parfois complexes.
C'est l'évidence lorsque le morceau s'ouvre sur les roulements caractéristiques du batteur Elie Duris, qu'on avait plutôt pris l'habitude de voir dans des formations foncièrement contemporaines comme MetalOphone ou le quartet Novembre.
On y retrouve cette volonté commune de ramasser les morceaux émoussés de la tradition pour reconstruire des mondes nouveaux. C'est également ce qu'on entend dans le jouissif « Charleston Rag » de Eubie Blake, d'abord complètement disloqué, puis que se remonte à mesure que les musiciens se rassemblent, tout en gardant un côté de guingois qui n'oublie que cette vieille musique de bastringue a vu passer le Free depuis, et ne s'en est pas vraiment remis, bousculé à tout jamais, défrisé, en quelque sorte.
Quand Jean Dousteyssier fait des miracles à la clarinette basse, et avec quel son, on songe au rouennais. Notamment sur le roboratif « Shreveport Stomp » de Jerry Roll Morton qui se termine en une belle confrontation free entre les deux frangins dans ce quartet sans basse à corde (un autre point commun, et pas des moindres).
Mais il y a chez Dehors une distanciation qu'on ne retrouve pas chez Post K ; du moins la prise de recul est ici différente, cherchant moins le point d'ironie.
Ce n'est pas pour rien que le quartet est affilié au Umlaut Big Band, et que l'on sent poindre l'influence du trio Un Poco Loco où l'on retrouve -Ô surprise-, des musiciens de l'UBB et de l'ONJ d'Olivier Benoit. C'est une même démarche, celles de joyeux cosmopolites qui voyage à travers le temps, à travers les temps avec une aisance. Nous écrivions à propos d'un concert qui avait vu se succéder Julien Desprez (DDJ) et l'UBB : « Entre les deux il y a un monde ; c'est le notre. ». C'est également celui du quartet qui y évolue tout en grandeur et signe encore une belle réalisation du label ONJ Records. Un label qui montre à quel point il est l'image de la musique d'aujourd'hui, loin de tous les aigres ronchons qu'on n'entend d'ailleurs plus guère.

Le vent souffle, la musique reste.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

21-Volet