Canalblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Sun Ship
Franpi, photographe et chroniqueur musical de Rouen, aime la photo, les concerts, les photos de concerts, la bière, les photos de bière, le Nord, les photos du nord, Frank Zappa et les photos de Frank Zappa, ah, non, il est mort.
Prescripteur tyrannique et de mauvaise foi, chroniqueur musical des confins.
Derniers commentaires
Archives
Newsletter
30 abonnés
8 février 2017

Jean-Marie Machado & Didier Ithursarry - LUA

Savoir qu'il n'y a qu'une lettre, en portugais, entre lumière et lune est un appel à toutes formes de poésie. De Lua à Luz. De l'ombre à la lumière. De A à Z. Voici sous quel lueur s'est rangé le duo entre deux musiciens qui aiment à être contemplatifs et à jouer ensemble, le pianiste Jean-Marie Machado et l'accordéoniste Didier Ithursarry.
Ce n'est en effet pas la première fois que les deux hommes jouent ensemble, loin de là. Ithursarry est un habitué de l'orchestre Danzas de Machado, avec lequel il a nécessairement animé quelques Fiesta Nocturna et autres hommages à Bobby Lapointe. Mais c'est la première fois qu'ils se retrouvent en tête à tête ; on y perçoit immédiatement la complicité et la franchise de leur amitié. Un goût aussi pour une légèreté qui ne sera pas de l'insouciance. Une candeur intranquille, de celle que l'on perçoit sur « Lézanafar », un pas de danse où plus rien d'autre n'existe et où la main droite sur le piano cajole des soufflets emplis de nostalgie.
On retrouve l'accordéoniste dans un registre qui lui sied à merveille, celui d'une musique populaire transcendée, ou du moins essentialisée, où il sait faire parler son jeu si doux. C'est tout l'enjeu de la « Nocturne n°1 » de Chopin qui s'ouvre dans un lent dépliement de l'accordéon. Ithursarry s'empare du thème comme s'il s'agissait d'une chanson intérieure que le piano structure.
Dans notre pérégrination de A à Z, de l'ombre à la lumière, c'est comme ces instants fugaces où l'on ne sait pas trop si c'est la nuit où le jour ; où les ombres sont profondes mais se découpent encore.
Lorsque les musiciens en arrivent à « Aspirer la lumière » dans une cadence soudain plus saccadée et cependant chaloupée, c'est que la nuit est belle, et qu'il fait bon veiller.
C'est finalement une approche peu éloignée de celle de la Danse des Souffles et du prochain album d'un autre « machadien » dont nous parlerons sous peu : Joce Mienniel et son Bal Perdu avec l'Art Sonic.
Ecoutons « Sentier Evanoui » pour s'en convaincre, et ce sentiment d'être à la fin d'une fête, aux aurores languissantes, lorsque les tables se vident et les lampions s'éteignent. Qu'il y a encore un peu d'ivresse, beaucoup de sommeil et déjà un peu de nostalgie.
C'est un instant très précieux, qui se répète. Les deux musiciens ne s'assignent pas de rôles, il n'y a pas le rythmicien et le mélodiste, il y a un savant mélange de tout ceci et un travail colectif. Certes, Machado aime à user des basses avec la plus grande parcimonie, mais sait y faire lorsqu'il est nécessaire d'imprimer un pas de danse (de Danzas!), à l'instar de « JSB », tango démantibulé où les deux soliste avance à pas de loups.
Entre chien et loup.
L'attraction de la Lune est très forte dans ce disque. Elle commande aux climats, et ceux-ci s'entendent sans raz-de marée. C'est une musique dans laquelle on s'installe en rêvassant : on laisse vagabonder le temps en sachant très bien qu'il reviendra toujours. Lua est en quelque sorte le revers de Media Luz, sorti il y a quelques années. Une autre lumière, un autre astre.
Une beauté de A à Z.

11-Danzas

Commentaires