Y avait-il disque plus attendu pour les fans de Zappa ?
Sans doute pas ; force est de constater d'ailleurs qu'il fut attendu : depuis le mois d'août, la sortie de Roxy By Proxy (RBP) était constamment repoussée, jusqu'à ce qu'il arrive il y a une semaine dans la boîte aux lettres.
Le Graal ? Encore fallait-il l'ouvrir.
Pour tout amateur du divin moustachu, Roxy a une saveur particulière. Selon que vous soyez plus Hot Rats ou davantage Sheik Yerbouti, vous préférerez telle ou telle formation, tel ou tel album, telle ou telle époque... Ce qui permet de prolonger la discussion au delà du raisonnable.
Mais une chose est sûre : dans l'ascension de Billy The Mountain, que vous soyez de la face nord ou du versant est, il y a un disque qui fait consensus, et c'est le Roxy and Elsewhere.
Ce live, qui fête ses 40 ans cette année est pour beaucoup LE disque qui a permis d'entrer dans l'univers zappaïen. C'est surtout un témoignage absolument remarquable de ce que pouvait être Zappa, entourés de fidèles sur scène. C'est enfin un disque qui réunit les meilleurs musiciens de Zappa de tout époque : la percussionniste Ruth Underwood, le clavièriste George Duke et le tromboniste Bruce Fowler.
Et c'est un avis absolument subjectif.
Roxy And Elsewhere était un témoignage de ce qui fut l'incroyable saison scénique 73-74 chez Zappa. C'est une période assez documentée, car avec la sortie du récent Road Tape, on comptait avant la sortie de RBP trois disques la concernant. Rajoutons donc ce quatrième dont l'effet loupe permet de découvrir le Roxy sans le Elsewhere, soit l'enregistrement de deux jours de concerts avec un octet qui ressemble à une chimie pure des années 70 zappaïenne.
Un orchestre ramassé, avec un multianchiste (Napoleon Murphy Brock) et un tromboniste (Bruce Fowler) qui affronte un mur rythmique, composé de deux batteurs, un bassiste et une percussionniste. Une complicité qui magnifie une virtuosité sans clinquant. Se pencher ainsi sur le morceau "RDNZL" et avoir une impression de mouvement continuel et énorme qui fond sur l'auditeur avec la légèreté d'une ballerine. On pourrait craindre la surenchère des deux batteurs, mais il n'en est rien. On assiste à un concert de musiciens heureux de jouer ensemble.
Un feu d'artifice qui illumine des morceaux connus par coeur, comme "Village Of The Sun" qu'on retrouve également dans le Roxy & Elsewhere originel, mais avec une foule de détails changeants... Pour toute écrite et méticuleuse qu'était la musique de Zappa, on se rend compte de cette capacité à s'équilibrer autour de son line-up.
C'est ainsi que le superbe "Echidna's Arf (Of You)" offre une version plus sinueuse et moins dense que ce que l'on avait pu entendre auparavant, notamment grâce à une belle présence du bassiste Tom Fowler qui vient rehausser le dialogue entre Son frère et Ruth Underwood.
Ruth Underwood... C'est décidément le coeur de cette musique. Il faut féliciter la Zappa Family Trust pour lui avoir demandé d'écrire les Liner Notes qui accompagne RBP. Au delà des souvenirs qu'elle expose, elle détaille chaque morceaux, rapporte des habitudes, explique certains contexte. Et donne son avis. Il tranche. Heureux exégètes !
Elle dit ainsi en préambule que Zappa n'aurait certainement pas sorti ce disque de son vivant. A l'écoute de ce bonbon sucré, on se demande pourquoi... Et puis en écoutant des morceaux comme "T'Mershi Duween" et cette rythmique énorme soulignée par le trombone ou le groove de "Dupree's Paradise", on se dit que Roxy And Elsewhere avait réussi le tour de force de sonner rock alors que le matériel sentait vraiment bizarre (c'est dans ce live qu'on entend le célèbre "Jazz is not dead, it's just smells funny"). Et que Roxy By Proxy est l'exposé d'un furieux groupe de jazz qui n'avait strictement rien à foutre de savoir ce qu'il jouait mais plutôt de ce que ça donnait.
C'est ce qui rend ce Roxy By Proxy incroyablement moderne ; ce qui justifie 100.000 fois sa sortie !
A l'écoute de ce petit trésor, beaucoup parleront de "Inca Roads" et de ce numéro de Duke. C'est vrai que c'est le premier uppercut, déginguandé et classieux... Mais que dire de "Cheepnis" et de cette intro où le squelette Rythmique des Mothers joue une version uniquement percussive et pourtant diablement colorée ?
Que ce disque est une pièce supplémentaire du puzzle, et certainement l'une des plus brillantes. Un indispensable, assurément.

Et une photo qui n'a rien à voir...

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