Enregistré en 2014 à l'Institut Français de Budapest, là où quelques années avant avait été capté La Manivelle Magyare, ce moment de folie avec la Campanie des Musiques à Ouïr, Organic Food est le deuxième album d'Ozone, l'orchestre à géométrie variable de Christophe Monniot qui paraît sur le label Budapest Music Center.
Le premier était un quartet avec le joueur de cymbalum Miklós Lukács et ses vieux complices Joe Quitzke à la batterie et son alter-ego du clavier Emil Spányi. Un orchestre équilibré, ou plutôt équilibriste : entre la batterie volubile de Quitzke, qu'on a l'habitude de voir et les explosions régulières de Monniot, il y avait une cristalisation immédiate.
This is C'est la Vie était un album funambulesques, où les cordes se mélangeaient dans des artifices électroniques puissamment acides, où les fausses pistes se succédaient avec une fougue qui sied parfaitement à l'univers de Monniot ; cette impression que tout part dans une déflagration d'enthousiasme avant de révéler une construction méticuleuse, discrète d'abord mais implacable. C'est ce qu'on constate ici sur « Grace » qui ouvre l'album sur un long morceau où Spányi et Quitzke entame un pas de danse ensemble, vite rejoint par le souffle guilleret de Monniot.
Le morceau tourne autour du traditionnel « Amazing Grace » sans jamais mettre le pied totalement dedans, où si vite que cela tourne au clin d'oeil.
On pense à ces jeux d'enfant imaginaires où l'on marche sur les bandes du passage protégé pour éviter les crocodiles. Ces stratégies d'évitement très malicieuses sont partout : dans le beau solo de batterie comme dans la dynamique générale, qui entreprend tout l'album, jusque dans la suite « Du vent dans les voiles qui occupe la moitié de l'album ; Cette suite, comme la plupart des morceaux d'Organic Food, est signé Monniot. En quatre partie, elle est d'abord lyrique avant d'être plus contemplative, le saxophone emmenant ses comparses dans différents climats, aux décors dessinés à grand traits par la batterie et le piano, dont l'amalgame permet toutes les libertés à Monniot, tout en gardant une ligne de conduite très collective.
La nouveauté, c'est qu'un grand musicien hongrois en a supplanté un autre. Le cymbalum de Lukács a laissé la place à la contrebasse très musicale de Mátyás Szandai, que nous aimons particulièrement par ici. En plus de donner une dimension plus profonde, plus charnelle à Ozone, la quasi-disparition d'artefact électroniques donne tout son sens à Organic Food. Ainsi, son solo sur la troisième partie « Du vent dans les voiles » est l'un des moment suspendus de l'album.
Il y en a d'autres : « Anatology » -un clin d'oeil parkerien, à n'en pas douter- en est un qui consacre ce nouveau quartet dans son équilibre, et son hoût affirmé pour une certaine tradition qu'il faudrait pouvoir gentiment malmener pour en sortir quelques nutriments nouveaux. C'est exactement ce qui suinte également de « Greensleeves », reprise du standard à la Monniot, sur la trame impeccable de son orchestre. Le saxophone tangue, perce, revient et se cogne jusqu'à trouver la place assez large pour libérer le thème.
Organic Food est un disque vivant, plein de puissance. On aime Monniot pour ces deux qualités, embelli par cette belle formation et un enregistrement impeccable. Un plaisir.

Et une photo qui n'a strictement rien n'a voir...

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