Il y a 3241 jours, c'est le moteur de recherche interne de ce blog qui me l'affirme, il était question du premier album de Pulcinella, groupe toulousain de jeunes musiciens, tout juste auréolés d'une sélection Jazz Migration. A l'époque, c'était juste une notule, la chronique allait paraître dans feu le magazine Full of Sound.
Une éternité.
Neuf ans se sont écoulés, et il convient de reparler de ce quartet bigarré. Pulcinella sort son sixième album, le temps d'une mutation progressive où le rôle de la rythmique a considérablement évolué, mais où le groupe n'a rien perdu de son goût pour les ambiances nocturnes qui côtoient une tendre ivresse.
A l'écoute d'un morceau explosif comme "Melchizedec", et ses ruptures franches qui nous font nous rappeler que le groupe compte Laurent Dehors parmi ses influences, on se souvient aussi que Pulcinella est un groupe de scène, où il fait bon sautiller, porté par la contrebasse sèche, dure, presque ironique de Jean-Marc Serpin.
Ce n'est plus un Clou d'Estrade, mais la scène tient toujours bien debout.
3/4 d'once est le second album du quartet pour Budapest Music Center. On se souvient qu'en 2011, l'orchestre avait bénéficié du réseau de l'Alliance Française, comme La Campanie des Musiques à Ouïr en son temps (on pourra d'ailleurs trouver quelques liens...) pour rencontrer Dzsindzsa, un trio où l'on retrouvait le batteur Hunor G. Szabó, dont la frappe lourde a peut être accéléré Pulcinella dans sa mutation, incarnée par l'arrivée du batteur Pierre Pollet depuis L'empereur, précédent album qui pouvait laisser les supporters des premiers Pulcinella quelque peu sur leur faim.
On retrouve des musiciens qui ont muris, à commencer par le multianchiste Ferdinand Doumerc, depuis passé par Stabat Akish et Initiative H, qui est le conteur d'histoire de cet orchestre qui aime mettre en scène une trame narrative, comme le morceau "Elle aimait l'Eté", le laisse deviner avec ses pas de côté et ses accélérations soudaines. Doumerc a plus ou moins rangé le baryton, et on l'entend plus souvent désormais avec une flûte, où il excelle, avec des attaques très franches. Une sorte de heurt en douceur, plein de poésie, que l'on retrouve dans le magnifique "3/4 d'once". Cette mesure représente 21 grammes, soit le poids de l'âme, dans la légende. Une âme qui s'envole, une petite mort où le saxophone enfle dans les soufflets de l'accordéon de Florian Demonsant qui lui aussi a muté, a pris plus de place, n'est pas seulement là pour créer les paysages mais pour influencer l'histoire.
Durant ces neuf ans, Pulcinella a engrangé les expériences live, et cela se ressent. Mais c'est sans doute Florian Demonsant qui a franchi plus d'un pallier. Avec "TPDC" qui ouvre l'album, on se souvient qu'il est aussi membre de Bey.Ler.Bey, qui n'a rien à envier à Polichinelle en terme d'imaginaire.
La couleur balkanique en plus, qui n'est plus seulement suggéré ou fantasmé, mais qui est partie prenante de ces 21 grammes, et qui pèse.
Ce n'est pas seulement la couleur qu'apporte l'accordéoniste, c'est une forme d'ombre, de langueur, de douceur, à l'instar de "Mélatonine", qui est sans doute le sommet de cet album où l'on retrouve un Pulcinella qui a réussit sa mue, mais sait retrouver les cris de Doumerc qui tranchent dans un écrin tout doux. C'était la marque de fabrique de Pulcinella, elle est toujours présente, et c'est un plaisir de les retrouver ainsi, en ayant gagner sans doute beaucoup de maturité et nécessairement, de complicité. 

Et une photo qui n'a stricteement rien à voir...

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