21, le nom claque comme le siècle, mais peut être faut il le lire différemment. 21, c'est 2+1, le power trio réduit à son essence, deux guitares incandescentes et une batterie portée à ébullition. Le groupe du guitariste Philippe Gordiani, dont nous avions pu dire le plus grand bien au coeur de Libre(s) Ensemble se passe en effet de basse pour porter la lumière.
Le puisard d'électricité qui se trouve dans ce disque est suffisant pour alimenter en chaleur tout ceux qui auront la joie de plonger dans ce disque à la fois sec comme de la bile froide et plein de ramifications et d'interstices dans lesquels se faufiler. Autant se tirer une balle dans le pied tout de suite, je vous renvoie à mes camarades Denis et Jean-Jacques qui sont passés avant moi pour dire à peu près tout sur ce disque épatant sorti sur le label Coax et qui célèbre, à l'instar de Radiation 10 où l'on retrouve Scarpa et Desprez, cette porosité que nous aimons tant entre les genres que nous aimons tant.
Philippe Gordiani livre avec 21 un disque qui n'est pas simplement un coup de poing, une profonde estafilade sonore. Ce disque ramassé, presque trappu, est celui d'un véritable architecte de l'électricité. les titres de l'album ne trompent d'ailleurs pas, du motif répétitif de "Ouverture" jusqu'à la lente trame de "fenêtre gauche".
Dans un morceau comme "Fenêtre droite" sait se faire presque doux et caressant au milieu des sifflement et d'un tumulte lointain de métal, dans une atmosphère qui évoque immédiatement King Crimson et sa cour sans pour autant s'inscrire dans cette seule filiation.
Du rock uchronique, de ce qu'il devrait être, entre autre, s'il n'avait pas été bouffé par les petits cochons, comme j'aime à le dire...
Bien sur, 21 est un groupe de rock, hérissé d'inventivité et de déviations, scarifié de bruitisme comme dans ce "bzzz" plein de drones ou les deux guitares jouent à racler la masse de silence de déchirures aléatoires. Cela lancera le lancinant "258a" où la guitare de Desprez, toujours aussi physique et charnelle, rauque et grasse déstabilise une assise rock et l'entraine vers un magma bourré d'électronique. Car comme souvent dans les productions Coax, de Fanny Lasfargues à Yann Joussein, les abstractions minimalistes de Squarepusher ne sont jamais loin...
Oui, Julien Desprez est encore de ce bon coup, toujours préposer à éroder les constructions très saillantes de Gordiani. Avec le batteur Emmanuel Scarpa, volubile et puissant comme le veut cette musique, ils font le lien entre 21 et toute une mouvance de la scène hexagonale, de Umlaut jusqu'à Radiation 10 en passant par Irène, DDJ ou Syntax Error.
Une scène pleine d'énergie, qui n'a pas fini de nous surprendre...


Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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