Roberto Negro est un formidable conteur. Nous le savions, au moins depuis Loving Suite pour Birdy So et cette approche scénarisée et poétique qui bâtissait un album tout entier. La narration n'était certes pas totalement linéaire, mais elle n'était sans doute pas aussi morcelée que ce que nous découvrons avec Garibaldi Plop.
Le pianiste, pour ce court album est entouré de fidèles du Tricollectif. De ceux qui de In Love With au MilesDavisQuintet! ont depuis longtemps prouvé que leur alliance était d'une rare efficacité : Valentin Ceccaldi au violoncelle, lui aussi grand raconteur d'histoire et façonneur de climats devant l'éternel et Sylvain Darrifourcq, batteur paysagiste qui délibérément ici travaille à l'éclatement des formes.
Tous les trois, ils créent un récit enlevé, échevelé, entre conscience et inconscience, gravité et fougue, bref dans la brèche des émotions contraires qui accompagnent un choix de liberté et une mise en danger. L'histoire de jeunes hommes des milieux populaires qui se lèvent pour prendre les armes et rejoindre le maquis pour combattre le nazisme.
Pas une histoire lyrique pleine de héros brillants et de bravoure clinquante, non. Pas un hymne, pas une complainte, pas de trompettes de la renommée... D'ailleurs de trompettes, il n'y a point, juste un violoncelle qui imprime une cadence et chuchotte à voix basse, dévale quelques cascades de piano aussi soudaines qu'à-pic et se courbe lorsque la mitraille intermittente de la batterie s'éveille.
L'Histoire que nous raconte Garibaldi Plop, c'est une histoire réelle : celle de la nuit, de l'hésitation, de l'aventure dans ce qu'elle a de plus imprévisible et de plus commune. Une histoire qui peut varier d'une minute à l'autre, comme ce magnifique "Farina, crusca et voto alla madonna" où la batterie imprime une rythmique sinueuse marqué par de éclats soudains suivies de courses courtes, comme on se cache.
Les futs de Darrifourcq réagissent comme un coeur qui s'emballe sous le danger alentour. Les morceaux sont souvent courts, des séquences très sèches qui font voir un portrait global ; une histoire intime qui se révèle universelle.
Une histoire d'amour comme Birdy So, finalement.
Mais ici, l'amour est filial. Et le courageux italien de la brigade Garibaldi, résistants communistes armés de bravoure et d'armes rudimentaires (PLOP), c'est le père de Roberto Negro, que l'on voit en photo sur l'émouvante pochette et que l'on entend en toute fin d'album. Un héros qui est plus que la carcasse du temps mais qui en est le véhicule, la mémoire, le témoin individuel d'une histoire collective. On pense parfois à Atomic Spoutnik dans cette déclaration d'indépendance ; c'est une même histoire hors du commun qui sert un destin ordinaire. 
Le papa de Roberto Negro héros qui avance à pas de loup sur cette version désordonnée de "La Marche de Ménilmontant" de Maurice Chevallier, symbole d'une France occupée et assoupie qui doit tant à cette jeunesse consciente qui déboula des montagne pour la libérer. Il y a beaucoup de choses dans cet album : de l'émotion, bien sûr, de la rage, du souvenir, de la joie, de la fougue. On est joyeux à son écoute, joyeux comme devaient l'être ces combattants à la mine grave en revenant du feu.
C'est un formidable devoir de mémoire que ce Garibaldi Plop. Une histoire dans le plus pur style du Tricollectif, à la fois réelle et rêveuse. Sérieuse et poétique. 
On les aime, ces gens-là.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

17-Hiver