Naïssam Jalal - Souffles
Deux ans après Healing Rituals, la flûtiste Naïssam Jalal continuent à explorer les attributs curatifs du son et son effet sur les corps et les esprits, travaillant une musique essentiellement spirituelle mais dans son aspect concret, physique et concrètement charnelle.
Autant le dire immédiatement, Souffles, le nouvel album de Naïssam est une épiphanie. D'abord parce qu'elle seule sans doute sait fait parler sa flûte comme certains chamans savent le faire d'un bâton de pluie, mais qu'elle n'en retire aucun message new-age complètement grotesque.
La musique est. Elle est là, elle agit. Elle n'a pas besoin d'être surnaturelle. A l'époque de Coltrane ou de Sanders on appelait ça du Spiritual Jazz ; Souffles est de la même veine. Il suffit d'entendre son duo avec Archie Shepp, profond jusqu'au larmes, la flûte servant de média pour passer du blues au chant, un espèce de psalmodie de la nuit des temps, qui vient titiller le cerveau, et ce que certains appellent l'âme.
Souffles est un album de duos. Naïssam Jalal va à la rencontre des musiciens qu'elle invite, discutent avec eux d'un ailleurs, un ailleurs où leurs deux imaginaires convergent. Il y a quelque chose de cosmique avec Thomas de Pourquery, quelque chose de doux, sans clinquant mais avec un sentiment chaleureux. Le growl de la flûtiste est un langage à fleur de peau, qui convoque justement la spiritualité des choses.
Il y a huit souffles, ils sont numérotés. Ce sont des compositions instantanées, elle sont souvent lumineuses, et la numérotation laisse entendre que ce n'est qu'une partie d'un travail plus large, qui pourrait être documenté et recommencer, qui pourrait comporter davantage d'invité, au-delà de Louis Sclavis et son vertige des profondeurs, où de Robinson Khoury, l'une des plus belles rencontre, eux deux qui vont souvent chercher une esthétique commune.
Et que flûte et trombone, ça reste un cocktail du tonnerre.
Cette communauté de soufflants, cette congrégation du souffle-médecin à laquelle on se livre corps et âme le temps d'un court album, il n'est pas beau uniquement parce que les improvisateurs sont excellents et que le terrain de jeu est luxuriant. Comme souvent, on constate que le preneur de son, en l'occurrence l'excellent Maïkol Seminatore, sait aussi capter l'essentiel : le souffle qu'on reprend en dehors de l'embouchure, le cliquetis du métal, tout ce qui habille le message et lui donne corps. C'est largement ce qui fait la magie de ce Souffles, qui donne à l'introspection des musiciens une dimension physique.
On ne se lassera pas de ce disque. Il faudrait déjà qu'il quitte la platine. On ne se lassera pas de ce disque parce que il a un message universel et inattendu. On ne se lassera pas de ce disque parce qu'il est vrai et puissant. On ne se lassera pas de ce disque parce qu'on n'est pas loin de penser que Naïssam Jalal n'en n'avait pas fait de plus beau jusqu'à lors et qu'on aimerait bien entendre la suite. On ne se lassera pas de ce disque parce que « Souffle #3 » avec Yom est d'une beauté pure.
C'est un disque de l'année et on peut dire merci.
Et une photo qui n'a strictement rien à voir...
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