Remugle (deux trois lecteurs vont être contents)
Quand on essaye de faire la grasse matinée en se laissant bercer par le flot des infos de France-inter et qu'on est tiré du lit par un ministre qui glapit encore à la crise d'otage parce que les cheminots ont décidé, dans une lutte dure de faire valoir leur droit légitime à la grève, il y a de quoi être franchement énervé. Ce qui agace, au delà de la magnifique entreprise de victoire lexicale (grève=otages, fonctionnaire=privilégié, anti-gréviste=apolitique et j'en passe, d'autres en parlent bien mieux que moi) d'une poignée de penseurs dogmatiques, c'est que cette lame de fond touche tous les journaux et les journalistes sans guère d'exceptions. Encore une fois, évitons les poncifs, d'autres (ou d'autres, ou d'autres) l'évoquent là aussi avec bien plus de talent.
Simplement, je pense que c'est le moment de se replonger Dans la lecture de Roland Barthes, ce que j'ai fait il y a peu... Dans "Mythologies", il y a un texte fabuleux qui s'appelle "l'usager de la grève", datant de 1957, qui permet d'amenuiser les discours prétendu "moderne" de nos décomplexés : tout pourrait être écrit aujourd'hui à la virgule près :
"Aux Préfets de Charles X comme aux lecteurs du Figaro aujourd'hui, la grève apparait aujourd'hui comme un défi aux prescriptions de la raison moralisée : faire grève c'est se "moquer du monde" (...) attenter au fondement philosophique de la société bourgeoise, ce mixte de morale et de logique qu'est le bon sens."
Alibi photo : Roland Barthes a écrit également un ouvrage que tous les photographes qui ont compris que prendre une photo ce n'est pas seulement appuyer sur un bouton ou connaitre ses réglages par cœur devrait avoir lu. Ce livre c'est "La Chambre claire".
Et moi je rajoute une photo, c'est gratuit ça fait plaisir...