Joe Morris Bass Quartet - High Definition
Pour beaucoup, et moi le premier, Joe Morris est un guitariste de jazz. Un guitariste élancé et aventureux, compagnon de route d'Anthony Braxton dans ses récentes Ghost Trance Series, il est aussi un compagnon de route fidèle du batteur Luther Gray. Pourtant, dans ce disque sorti très récemment sur le label Hat-Hut, ce dernier assume jusqu'au dernier ongle son amour de la rythmique et sa propension guitaristique à la percussivité en passant à la contrebasse. Dur pari s'il en est de se lancer dans un nouvel instrument si technique lorsque l'on est reconnu à un autre ! Pari réussi, s'il en est, tant cet album très collectif semble avoir été composé de bout en bout par un Morris obnubilé par la rythmique.
Passer de l'harmonique à la rythmique est aussi une gageure; Réputé il est vrai pour son jeu extrèmement rythmique et peu discurssif, Joe Morris ne joue pas de la contrebasse comme un guitariste, comme je le pensais avant ma première écoute : le jeu est justement très dépouillé, assez carré et peu boisé, se concentrant plus sur la relation avec son batteur que dans le jeu avec ses deux soufflants, Taylor Ho Bynum à la trompette et au bugle et le grand Allan Chase aux saxophone, particulièrement probant au soprano. Taylor Ho Bynum est d'un autre monde ; à la grande rigueur, le son paroxystique de son instrument, dont il fait absolument ce qu'il veut, l'est.
Ce quartet très Colemanien délivre une musique très sophistiquée, sans couverture tirée à soi, dont on lit au fur et à mesure des morceaux le propos, ce travail au corps de chacun des membres pour confronter rythmique et mélodique, pour sculter aux deux pôles un espace propre qui se frotte au jeu à quatre. Plus que des individualités, ce sont des doublettes complices qui portent une musique resplendissante d'inventivité et de violence retenue.
Et une photo qui n'a strictement rien à voir. Esteban.
