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Sun Ship
Franpi, photographe et chroniqueur musical de Rouen, aime la photo, les concerts, les photos de concerts, la bière, les photos de bière, le Nord, les photos du nord, Frank Zappa et les photos de Frank Zappa, ah, non, il est mort.
Prescripteur tyrannique et de mauvaise foi, chroniqueur musical des confins.
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10 juillet 2014

La vie de Bureau (du jazz)

La force de la Radio publique française est de toujours avoir été congruente avec son époque. C'est ainsi que dès les années 50, ce sont les chaînes publiques qui ont accompagné la création sonore et la musique acousmatique ; c'est ainsi que depuis plusieurs années, elle accompagne la mort lente de l'offre culturelle en France en se délestant de ses producteurs les plus créatifs et leur excellence en terme de prescription musicale, suivant avec un zèle particulier le désengagement public dans la culture. La même que celle qui conduit les collectivités territoriales à annoncer les coupes sombres dans le financement des festivals. La même que celle qui consiste à mener des attaques sans précédent avec le patronat contre le statut des intermittents au nom de la très sainte crise.
Je ne parle pas ici du récent départ en retraite de Mermet. Si on aime la radio, on ne peut que s'être rendu compte que les années passant, l'émission ronronnante qui ne s'écoutait qu'entre convaincu avait fini par s'éteindre. Et c'est sans compter les histoires peu ragoûtantes relevées ici ou là et qu traînait dans les conversations depuis longtemps.
Voici donc pour le doigt ; si on cherchait la lune ?
Il y a 1500 jours que je n'ai pas écouté France inter, tant sa grille de programme s'est lentement transformé en succédané de radio périphérique ou règne le factuel et le ronronnement d'un frigo des idées alourdi par le givre. Il existe certes quelques bonnes émissions pour lesquelles il existe des podcasts. Mais un podcast, c'est une démarche volontaire, indépendant de la surprise, de l'inattendu fécond. Et puis il semble dans l'air du temps, de côté de chez Gallet, le nouveau patron au profil de cost-killer, de faire payer les podcasts. Oui, ceux qu'on paye déjà par nos impôts. Voilà.
On nous répondra que ce n'est pas nouveau que les patrons de Radio-France ne comprennent plus grand chose à comment fonctionne une radio, et que s'ils ont quelque chose entre les oreilles, c'est bien plus sûrement des bilans comptables.
C'est sans doute ce qui a présidé à la décision de fermer le bureau de jazz à France Musique, ce qui semble de facto lié au licenciement de son responsable. Une décision dont l'impact est sans commune mesure dans le monde du jazz, des musiques improvisées et des musiques créatives.
Une décision qui au delà de son côté absolument délirant -délaisser l'organisation de concert de musique de marge dans cette maison de la Radio rénovée qui fut le temple de ces musiques- se fait pour des raisons qui laissent absolument sans voix : elle ne ferait pas assez d'audience...
Au delà de l'agacement qui consiste à toujours vouloir comparer une radio de service publique avec les brouets flatte-couillons qui serinent la même daube consensuelle à grand renfort de robinet, est-ce que quelqu'un a songé, dans les instances qui décident des économies d'échelles, ce que représente un tel investissement en terme de rayonnement culturel ? 
On tue une radio publique à la vouloir compétitive au lieu de la vouloir utile. Vous pensez que défendre l'existence du Bureau du jazz, cet arbre chenu mais solide né en 1961, comme le rappelle la juste tribune de Matthieu Jouan dans Citizen Jazz, est un combat d'arrière-garde ? Les arguments en terme d'offre diversifié et de retentissement économique dans le tissu culturel vous étonnerai, tant ce bureau a fait pour la programmation des salles et le retentissement des groupes "à l'international", mais là n'est pas tant la question.
Cette question là a largement eu le temps d'être rendue inaudible par les petits commerçants du jazz qui regardaient dans l'assiette du voisin, lui reprochant de d'être pas assez dans le moule. Il faut le répéter : toutes ces dissensions n'ont qu'une fin : la mort de tous...
Prenons un exemple plus prosaïque.
Vous vous rappelez "Les enfants du rock" ?
C'était chouette hein ?
C'était sur France 2, le samedi, en deuxième partie de soirée. Accessible à tous.
Et puis les mêmes calculettes encravatées ont trouvé que ça coûtait trop cher. Et entre deux émissions débiles censées faire concurrence à TF1, mais que personne ne regarde à part dans les Résidences pour Personnes Âgées où la zappette est bloquée, on a eu Taratata. Ce qui nous a fait glisser peu à peu des Smiths à Larruso.
C'est à dire une courbe de médiocrité qui a réduit l'offre culturelle sans augmenter le nombre de spectateur de manière sensible.
Des génies.
Ca tombe bien ceci dit. Il se raconte que Nagui arrive sur France Inter ; il pourra inviter Larruso.
Ce qui se joue sur la question du Bureau du jazz, et c'est ce que cette pétition qu'il faut absolument signer soulève avec bien plus de brio que ce présent billet, c'est d'exiger de la Radio Publique Française qu'elle remplisse son rôle de service public : soit permettre aux acteurs de la culture délaissés par le commerce de masse d'avoir une fenêtre pour faire entendre leur musique et permettre au public friand de ces musiques d'avoir un lieu pour les entendre, qu'il soit parisien, messin, vendéen ou ardéchois.
Ca devrait être un truisme. Ca l'est de manière certaine pour près de 2000 personnes en à peine plus de 24 heures sur cette pétition. A ce rythme, il y en aura 5000 d'ici à dimanche. 
Ca fait combien, en terme d'audience ?
Aux dernières nouvelles, la ministre de la Culture s'est émue de cette disparition du jazz sur les ondes du Service Public. Bonne nouvelle. Mais si elle s'en saisit avec la même vigueur que le dossier des intermittents, on n'a pas le cul sorti des ronces.

Dernière minute du 12 juillet à 23h51 : dans un communiqué, le directeur de la musique à Radio France laisse entendre que le bureau de jazz ne serait pas menacé et réaffirme le soutien de la maison ronde au jazz. Dont acte, notre mobilisation n'y aura sans doute pas été étrangère. Il reste néanmoins de grandes interrogations, et la perte à l'antenne d'un grand producteur. Il faudra être vigilant à la rentrée sur la grille, et sur ce qu'elle révèlera...

Et une photo qui n'a strictement TOUT à voir. Ecoutez, ça n'a rien à voir...

21-Papanosh-Mingus-8

Commentaires
F
Merci Aurélie, j'ai modifié en ce sens. Bises.
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A
Pour être précis, la ministre ne s'est pas émue directement de la disparition du Bureau du Jazz spécifiquement mais a été à l'écoute de notre discours sur la régression de l'exposition du jazz et des musiques de création. C'est un bon signal, mais la route reste longue...
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